mardi 2 février 2010

Au pays du surréalisme...

Au pays du surréalisme, le belge est Roi.

Ceci n’est pas Lou.
Si, si, je puis vous assurer que sur cette photo, ce n’est pas mon fils, Lou.
Enfin si.
Enfin, non.

Enfin, reconnaissez avec moi que l’enfant qui vous est présenté regarde quelque chose !
Or Lou est aveugle...

Par ailleurs, cet enfant semble être un élève sage, éveillé et heureux d’apprendre. Un vrai tableau de Jean-Louis Marlier*.
Oserais-je dire que c’est tout mon fils, sans risquer d’être accusé de partialité, d’aveuglement, d’inconscience, de mensonge, de déni… ?
Non, hélas non, mon bonhomme à moi, il est turbulent, avec des troubles de l’attention et un éveil bien particulier : le monde des sons. Quant à apprendre, il vous répondrait benoîtement :
- Et pourkwaaa il faut apprendre ?
Et vous lui répèterez pour la quatre-cents vingt-huitième fois que découvrir et apprendre permettent d’être heureux.

Vous remarquerez encore que l’enfant sur la photo est avide de lecture. Tolstoï, l’attend sur la pile de droite, pendant qu’il relit probablement André Gide pour la seconde fois.
Là, pas de doute possible, ce n’est pas mon fils. La lecture ne lui suscite aucun intérêt. Il préfère les histoires qui vagabondent dans sa tête.
Il lit bien, contraint et forcé, mais ce ne sont pas des livres comme cela.

De même, les beaux crayons de couleur ne sont pas à lui. Lou ne dessine pas, puisqu’il ne peut avoir une vue de sa réalisation.

Ce qui me trouble enfin, c’est le tableau noir derrière lui. Il n’y a pas de tableau noir et on n’écrit pas à la craie dans sa classe.

Le seul point qui pourrait me permettre de reconnaître le personnage, c’est ce regard sincère, cette expression d’un p’tit gars heureux de vivre et qui se plie de bonne grâce à une mise en scène dont il n’a pas conscience.
Là, oui, cela pourrait bien être mon p’tit bonhomme.

Alors, Lou ou pas Lou ?
Ni Magritte, ni Marien ne pourront m’aider à trancher. Ils sont morts. Sans doute le seraient-ils aussi à la vue de cette photo, …mais de rire.

Mais le plus surréaliste, n’est-il pas d’avoir donné de l’argent en achetant cette photo de classe à un photographe échevelé, venu avec son « superbe décor » dans une école pour enfants aveugles et malvoyants ?

Sans rancune aucune, l’artiste.
Nous en avons d’ailleurs ri de bon cœur.
Mais je pense juste à ces parents qui ont parfois difficile à accepter que leur enfant n’est pas et ne sera pas dans les normes. Je pense à l’illusion de cette photo. Je pense à un monde incapable de révolutionner sa pensée pour aller à la rencontre de l’Autre.

* Illustrateur de la série Martine.

6 commentaires:

ANDREE a dit…

Je viens de te lire Luc, et arrivant au bout de ton texte, je suis remontée à la photo... OUI, c'est bien Lou ( il est beau Lou) mais bien sûr, il y a un "stûût" quelle idée ou alors quelle mauvaise idée... Quand un photographe vient dans une école d'enfants aveugles ou malvoyants, il ne lui vient pas à l'idée que les parents vont voir la photo et que ces mêmes parents ne sont quand même pas complètement sans bon sens... Et comme tu le dis si bien tout le monde ne prend pas cela au second degré.
Il aurait été si facile de se documenter sur ce que les enfants aiment et les photographier avec ce qu'ils aiment le plus...
J'espère que beaucoup te liront car il faut que les esprits s'ouvrent un peu plus!!!!
Un bisous spécial à Lou

Anonyme a dit…

Eh oui, ces photographes scolaires... Les mêmes pour tous, quel que soit l'handicap ou non... Mais n'est-ce pas non plus à l'école de donner ses exigences par rapport à ces photos. Cece dit, Lou est magnifique sur la photo et comme pour la photo prise il y a quelques années dans votre jardin, le regard de Lou est expressif ... Bisous à toute la famille. signé cayenne (qui n'a toujours pas retrouvé son mot de passe)

Galiane a dit…

Eh bien moi ça ne m'a pas vraiment choqué car je trouve que les "faux décors" s'apparentent un peu à la photo montage.
Comme ces décors où l'on vient poser la tête d'un enfant dans un casque de spationaute, ou à côté de leur héros de dessins animés (même si je ne suis pas fan du tout de ces réalisations un peu kitsch!).
Ou encore ces montages animés en période de Noël qui consistent à greffer les visages de la famille sur des elfes qui dansent. Alors, que ce soit placée sur un corps bodybuildé ou dans un décor improbable, je trouve cela plutôt amusant et à prendre au second degré. Et puis, tu sais, on se rend compte qu'on demande très souvent aux personnes handicapées de "s'adapter"... car la société, qui devrait elle le faire, a encore d'énormes progrès dans ce sens! Et, le photographe, lui, a quelques problèmes "d'adaptabilité"! C'est peut-être ça effacer la différence: faire pour un enfant aveugle ou non-voyant des photos aussi "classiques" (j'allais écrire "ringardes") que pour tous les autres enfants! Eh oui! Après tout! Y'a pas de raison que vous ne remportiez pas chez vous le souvenir décalé de la photo de classe!!!
Alors, je pense que tu dois surtout profiter de l'image de Lou, superbe, dans ce décor façonné de toute pièce! Et pour le reste, il y a toutes les photos prises au fil des jours, dans le vif de la vie!
Rassure-toi Luc: te voici avec la fameuse photo de classe à encadrer! lol
(si tu savais ce que j'ai vu en photo de classe...mon neveu, quand il était en CM1, jouant avec des gros cubes de maternelle!... le visage tout triste car le photographe ne devait pas être très "fun"!).

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Relativisons, je ne suis pas choqué. je trouve que c'est juste un paradoxe... pour le moins comique.
Et dans le cadre du travail sur l'annonce du diagnostic de handicap, nous mettons l'accent sur toutes ces petites choses qui réactivent l'annonce tout au long de la vie des parents ou de la personne : les limites atteintes, la mise en évidence de la différence.
Alors oui, Galiane, vive la dérision et l'humour ; oui, Andrée et Cayenne, à quand une réflexion adapté à la réalité de "l'autre" ? ;-)

Michaëlle a dit…

Ce que je vois surtout, ce sont les mots sur le tableau derrière Lou... Prince... fleur... il parait qu'il n'y a pas de hasard ;-))

Et puis ce n'est peut-être pas si décalé. On dirait que c'est Lou qui nous enseigne quelque chose, sa phiLousophie ?

Sinon par rapport à ta réflexion, je te suis à 100%. Je crois que même en ayant accepté le handicap, une photo comme celle là éveille toujours des émotions, contradictoires en fait.

Bises à toute la famille et bonne fin de dimanche.

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Bien observé Michaelle ! ;-)
amicalement.