vendredi 19 mars 2010

Eugénisme et compassion

Dans le cadre de mon travail sur l'annonce du handicap (dont, entre autres choses, la rédaction d'un livret de sensibilisation à l'attention des professionnels), j'ai reçu la citation suivante qui se passe de commentaires (quoique*) :


"La compassion vis à vis des parents est un sentiment que tout médecin doit avoir. Si un médecin ne l'éprouve pas, il n'est plus qu'une sorte d'ordinateur, une machine à faire des ordonnances. L'homme qui pourrait annoncer à des parents que leur enfant est gravement atteint et qui ne sentirait pas son coeur chavirer à la pensée de la douleur qui va les submerger, cet homme ne serait pas digne de notre métier. Mais on ne protège pas d'un malheur en commettant un crime ; on ne soulage pas la peine d'un être humain en tuant un autre être humain".

"On peut envisager, certes, une société technocratique dans laquelle on tuerait les vieillards et les anormaux, et où on achèverait les blessés de la route.
Cette société serait peut être économiquement efficace. Mais cette société serait inhumaine. Elle serait complètement pervertie par un racisme aussi sot et aussi abominable que tous les autres, le racisme des bien portants contre les malades".

"Après avoir fait un diagnostic de trisomie 21 au microscope, décider que ce sujet doit être éliminé parce qu'il est trisomique 21, c'est du racisme chromosomique".

Pr. Jérôme Lejeune, découvreur de la trisomie 21

*21-3-2010 : Je vérifie systématiquement et attentivement les sources que je cite. Hélas... il m'a été donné de découvrir (Merci C.) que ces mots sortent de la bouche d'un homme, certes exceptionnel, mais qui était un ardent défenseur de l'interdiction pure et simple de l'avortement. Il était consultant au Vatican auprès des papes sur cette éthique. Il souscrivait donc entièrement au dogme catholique et ses "antis" avortement, euthanasie, homosexuel etc. Et cela, je ne peux y souscrire...
Pourquoi et comment des gens humanistes basculent dans des convictions d'un humanisme doctrinien ?
Je me pose donc la question de laisser ou non cet article.



10 commentaires:

laetitia a dit…

Magnifiquement dit ... et tellement vrai.

ANDREE a dit…

Voilà une vérité que beaucoup devrait lire mais surtout comprendre...
Comme dit Laetitia, c'est tellement VRAI...
Bon week-end

Corinne a dit…

Voilà malheureusement aussi ce qu'on n'enseigne plus assez ou plus du tout :-(
Et comme Laetitia et Andrée : tellement vrai !

Michaëlle a dit…

J'ai dû mal lire je crois... mais ça fait froid dans le dos qu'on puisse écrire des trucs pareils et le pire, c'est que ce n'est pas n'importe qui !
Mais quel lien fait-il entre l'annonce du handicap et cette "solution" ???
Comme si on pouvait envisager une seconde avoir envie de se "débarrasser de son enfant".
Ce soi-disant humanisme me fait horreur !!!
Désolée mais je ne comprends pas les commentaires précédents.

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Michaëlle, quelques explications (et vive le débat):
Tout d'abord, le Pr. Lejeune ne défendait pas l'eugénisme mais le combattait.
Certes, son discours est un peu dur et généraliste, car il existe de nombreux médecins qui font preuve de beaucoup d'humanité lors de l'annonce d'un diagnostic de déficience. Mais hélas, devant la peur d'être soi-même submergé par l'émotion du patient ou de sa famille, des médecins se blindent au point de communiquer le diagnostic par téléphone ou au détour d'un couloir, ou encore, de front, mais avec une froideur insupportable.
De même, les professionnels ont de plus en plus tendance à pousser à l'avortement grâce aux dépistages devenus performants. Et là, se pose la question... Une personne trisomique ou déficiente est-elle vouée au malheur ? N'a-t-elle pas le droit de vivre ? Le témoignage qui suit est édifiant, dans le comportement de certains médecins :
"Violaine (Maman) : J’allais avoir quarante ans. On m’a proposé l’amniocentèse. L’examen ne s’est pas bien passé. L’annonce du résultat s’est faite par téléphone. Le généticien nous a convoqués le lendemain avec mon mari. “On va prendre rendez-vous pour une interruption de grossesse”, nous a-t-il dit, presque d’emblée."

(petite précision, l'annonce concernant Lou a été faite avec beaucoup d'humanité. Si je milite sur cette problématique de la qualité de l'annonce et du nécessaire accompagnement des familles, c'est suite au nombreux témoignages reçus et le fait que personne voulait entamer un tel chantier qui concerne un passé douloureux).

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

PS : le nombre de trisomique est en chute libre dans les pays autorisant l'IMG. Pascal Duquenne serait-il en vie, s'il était conçu aujourd'hui ?
...

ANDREE a dit…

Michaelle, je pense que l'on s'est mal comprise, jamais au grand jamais je n'approuverais un medecin ou qui que ce soit dire à une future maman d'avorter parce qu'il y a risque de "handicap" je pense que c'est aux parents et à eux seuls que revient cette décision... Mais je suis d'accord avec Luc de dire que les medecins doivent avoir du "coeur vrai" et non un coeur de pierre pour annoncer la nouvelle avec précaution et humanité.
Je suis tellement en admiration devant tous ces parents que j'ai pu côtoyer grâce au blog de Lou.
Sorry si tu t'es sentie blessée par mon commentaire.
Un gros bisous à tes 3 p'tits Loups qui je l'espère vont bien.

Michaëlle a dit…

Sorry, j'ai réagi un peu à chaud.
Mais je reste mal à l'aise par rapport à cet article.
C'est le sous-entendu (probablement involontaire) qu'il fait par rapport au fait que les parents préfèreraient ne pas avoir d'enfant que d'avoir un enfant différent.

Pour le reste, je vous rejoins. D'ailleurs, un des "objectifs" (hum, ça fait prétentieux) de mon blog (que je délaisse un peu ;-) est justement de faire comprendre à des femmes qui hésiteraient à avorter qu'on vit très bien avec la différence et peut-être même mieux.
Personnellement, je n'ai pas fait de triple test ni d'amniocenthèse pour le 3ème...

Bises et bonne soirée à tout le monde !

AMPAJH a dit…

Bonjour

Je suis Faouzia et maman d'Omar un jeune homme atteint d'une forme très lourde d'amyotrophie spinale Le quotidien n'est pas rose mais JE N'OUBLIE JAMAIS ce que ma dit mon fils , prisonnier total de son cops et du on vouloir d'une tierce personne.
"Heureusement que tu n'as pas su que j'étais porteur d'une maladie génétique et que tu n'a pas avorté .Maman, la vie est belle et vaut la peine d'être vécue quelque soient les circonstances"
Voilà donc ce que j'avais à dire On pense aux parents , à leurs souffrances , aux dépenses publics mais pense-t-on aux concernés eux-mêmes?

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Merci Faouzia, pour ce témoignage, le film sur Omar et cette belle rencontre.