mardi 8 février 2011

Le Serlain

D’en avoir évoqué l’usage avec Lou à plusieurs reprise en ces pages, il m’a semblé intéressant de donner ici quelques explications sur ce médicament que Lou prend depuis trois mois.

Le serlain est un antidépresseur léger pour enfant qui a comme particularité de favoriser la production d'une hormone : la sérotonine. Cette hormone aide la transmission entre les neurones. 
Il a été constaté qu'auprès de sujets dépressifs ou ayant des tocs, il y avait souvent une carence en ce domaine.
Or Lou a une insuffisance de la posthypophyse (qui commande la production des hormones) et il a effectivement des insuffisances hormonales multiples. Il a également développé des tocs depuis un an et son moral s’était fortement dégradé l’été dernier avec son entrée dans la prime adolescence, le départ de Joëlle et l’insécurité ressentie lors du camp louveteau. Enfin, Lou n’a pas de membrane qui sépare les deux hémisphères du cerveau (le septum pellucidum), ce qui nous donne un bonhomme vivant pour l'essentiel dans son hémisphère droit (l’émotionnel) et des difficultés intellectuelles (conceptualisation) que sa cécité n’aide pas.
Suite a la dégradation flagrante de son état mental, nous avons repris le chemin de l’hôpital en septembre dernier et fait le tour des médecins qui le suivent (neuropédiatre, endocrinologue, psychologue, pédopsychiatre), en leur faisant part de nos suspicions et de notre quête d’un soutien médicalisé pour Lou.
C'est ainsi qu’après deux mois d’observations et de discussions, le Serlain nous a été proposé.
Ce ne fut pas un choix facile que d’administrer un antidépresseur à un enfant de douze ans, fusse-t-il porteur de déficiences physiologiques, mais j’ai connaissance de trop de jeunes adolescents en situation de handicap mental dont le caractère s’est dégradé de manière inéluctable avec les changement hormonaux liée à l’adolescence.
Grand bien nous fit, puisque que nous observons depuis trois mois les effets très positifs sur son caractère, voire étonnant (son éveil intellectuel) et aucun effet secondaire.
Enfin, les tocs sont toujours présents, mais moins nombreux.

Mon propos n’est pas ici d’encourager la médication de psychotropes à des enfants, mais de partager l’expérience que nous vivons avec le Serlain (je suis à ce propos effaré du nombre d’enfants mis abusivement sous « Rélatine » ou “Rilatine”).
De même, il est effrayant de constater qu’un tiers de la population occidentale est soit sous antidépresseurs soit sous somnifères.

Pour conclure, cette quête d’une solution pour Lou m’a amené à un constat étonnant : si la médecine distingue les grands systèmes du corps humain (respiratoire, digestif, sanguin, musculaire, reproducteur et nerveux), si chacun de ses système a créé des specialisations médicales, les compétences du système hormonale sont à ce jour partagées entre l’endocrynologue, le neuropédiatre, voire le pédopsychiatre. Les uns s’occupent de l’incidence des hormones sur le fonctionnement corporel (comme les hormones antidiurétiques ou de croissance dont Lou est en carrences), les autres s’occupent de l’incidence des hormones sur le psychisme (rélatine, sérotonine, adrénaline etc.).
Si le coeur est le centre névralgique du système sanguin, si le poumon est le moteur du système respiratoire, la post-hypophyse est le cerveau du système hormonal. Par conséquent, ne serait-il pas temps que la médecine considère le système hormonal dans son ensemble ?

6 commentaires:

elise a dit…

Bonjour,
J'ai découvert la belle histoire de Lou à travers votre film.
Alors, après quelques cliques sur google, je vous ai retrouvé ici.
J'ai pris le temps de lire les articles et j'ai vraiment été touchée par l'expérience du camp louveteau.
Je suis animatrice baladin et nous accueillons une petite fille IMC dans notre unité. J'ai vécu une années de réunions, plusieurs weekend et deux camps avec elle. Elle est maintenant une louvette.

Tout ça pour dire que je suis touchée et toujours aussi émerveillée face à ces enfants qui valent de l'or.

Au plaisir de vous lire,
Elise

Cayenne a dit…

Merci Luc de nous faire partager une fois encore tes réflexions par rapport au développement de Lou. Heureuse de voir tout ce que le Serlain apporte à Lou. Le sujet de la médication reste toujours délicate, je peux souvent le constater aussi dans notre institution où là, il y a un intervenant de plus: la famille, l'équipe éducative et le neuropsychiatre. Mais généralement quand une médication est bien réfléchie et donnée avec du recul, comme vous l'avez fait pour Lou, elle se montre souvent efficace ... mais il est vrai aussi que parfois certains médecins sont tentés à répondre de suite à la demande des familles ou du résident sans prendre de recul et c'est comme celà qu'on arrive souvent à des excès.
A plus tard
Cayenne

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Bonjour Elise,
vive Google ! ;-)
Hasard du temps, nous nous posons beaucoup de questions quant à continuer l'expérience de Lou chez les faons, car il s'y sent très insécurisé (absence d'adulte à ses côtés en sizaines) avec pour conséquence l'explosion des tocs après chaque journée... Pas facile l'intégration.
Cayenne,
c'est l'éternelle histoire des compétences partagées... et respectées.

cayenne a dit…

Luc, je me suis sans doute mal exprimée dans mon commentaire mais je ne voulais mettre aucun discrédit par rapport aux familles qui expriment des demandes mais plutôt répondre aux cas d'utilisation abusive par exemple de la rilatine. Mon commentaire allait plutôt vers CERTAINS médecins (là non plus il ne faut pas généraliser) qui donnent une médication pour "être tranquille" face à une inquiétude bien légitime)des parents. je me suis exprimée de cette façon suite à des exemples au niveau de l'institution dans laquelle je travaille par rapport au médecin neuropsychiatre avec lequel nous travaillons et avec qui il a fallu remettre les points sur les i. Alors qu'il est de coutume chez nous de travailler en concertation (équipes entre elles, familles, ...), il lui est arrivé plus d'une fois de changer une médication, de donnner ou retirer une médication sur base d'une simple observation alors qu'au départ l'équipe ou la famille qui avait réalisé l'observation voulait simplement signaler un fait ou engageait la réflexion pour adapter la prise en charge "éducative". D'où encore une fois l'importance comme tu le dis des "compétences" partagées et j'ajouterais réfléchies de façon pluridisciplinaire (j'inclus les familles)à ce mot qui peut paraître uniquement professionnel.

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Cayenne, Je l'avais bien lu comme tel !
Je devrais te parler d'urgence d'une maman en détresse qui cherche une place en Belgique. Pourrais-tu m'appeler (0476/66 76 13)

elise a dit…

Bonjour :)
Effectivement, entrer dans un univers aussi peu sécurisant n'est jamais facile et le trop peu de chefs et de moyens n'aide pas ... (Ce qui pourrait être le sujet d'une longue discussion)
Jeanne est passée par plusieurs unités avant de se sentir bien avec nous.