jeudi 8 février 2018

La première « Lettre à Lou » (flashback)

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Voyage dans le temps. Au hasard des liens qui se font. Ma première "Lettre à Lou" publiée en 2003.

Au départ, dans ce cas, un portrait de Lou B., réalisé par Serge Dehaes pour illustrer une carte blanche de mon cru que La Libre Belgique a décidé de publier en novembre 2017. 
Ensuite le fait que l’auteur nous ait aimablement envoyé une copie.
Le fait enfin de l’avoir encadré et jointe à la petite galerie de portraits dans notre cage d'escalier.

La suite devient naturelle : de nombreuses personnes font l’analogie entre le portrait de Lou et « Le Petit Prince ». Une évidente volonté de l’auteur. Une juste approche de Lou. Je l'avais moi-même faite au tout début de ma communication à son propos, tant était cette évidence de deux mondes qui essayent de se comprendre, d’un déni de la réalité et enfin d’une évidente ressemblance physique.
Certes, de nombreux parents font aussi cette analogie avec leur enfant porteur de handicap, mais je la trouve particulièrement justifiée vis à vis de Lou.

Voilà donc l'analogie avec la première« Lettre à Lou » que j’ai écrit en 2003 et qui ouvre le deuxième blog qui répond au premier (« Le journal de Lou ») ouvert à la même époque.
J'y faisais le même rapprochement, mais avec des mots.

Voici ce que j’y écrivais :

Mon petit prince,
Le jour où tu es arrivé, je n'étais pas perdu dans un désert.
Je n'étais pas seul non plus.

Il y avait tout d'abord mon Soleil, ma Reine.
Il y avait aussi deux merveilleuses Princesses, qui, à leur manière, étaient déjà des étoiles brillantes dans mon ciel.

J'étais donc loin d'être à mille lieues de toute région habitée.
Je n'essayais pas non plus de réparer un avion en panne, et je ne manquais, ni de nourriture, ni d'eau pour vivre.

J'étais néanmoins très occupé.
Préoccupé par la programmation de la fusée qui ferait de moi un astronaute, une star.
J'étais perdu dans mes notes, mes croquis, mes plans.

Je pensais connaître le ciel,
Je pensais connaître les gens,
Et voila que tu es venu tout bousculer.

Et pourtant...
Et pourtant, j'aurais du être préparé à toutes ces questions.
Je me les étais déjà posées maintes fois.
Les réponses étaient bien consignées dans l'armoire aux certitudes pour les uns, sur l'étagère de mon laboratoire pour les autres.
Mais avec toi, pas question de cela.
Si tu me demandes de dessiner un mouton, il doit être conforme à tes souhaits, à l'image que tu t'en fais, loin de tes peurs légitimes.
Et si tel n'est pas le cas, il faut te rassurer, le mettre dans une boîte pour qu'il ne dévore pas ton jardin sauvage.

J'ai déjà lu cela quelque part...

A la différence, de taille, que ton astéroïde est bien différent du sien.

Lorsque s'est formée ta planète, quelque chose en toi a décidé qu'elle serait peuplée de baobabs, et de mille autres plantes naturelles et sauvages.
Tant et si bien, que tu ne vois plus le jour et la nuit.
Au fin fond de ta forêt luxuriante, tu ne connais pas les nuances de la lumière. Tu ne connais tout simplement pas le soleil.
Tu ne vois pas, et ne verras jamais.

Mais tu entends la vie sauvage et plurielle des sous-bois, de l'appel au loin d'un grand mammifère, au battement d'aile du plus infime insecte.

Tu sens la richesse de l'humus.
Tu perçois la terre qui tremble sous tes pas, l'air qui vibre et se déplace.
Tu goûtes aux saveurs sans t'embarrasser de l'apparence.
C'est ta façon à toi d'appréhender la vie : par l'intérieur.
Ton intérieur.
Aux autres de venir chez toi pour te convaincre de quitter ton petit univers.

Telle est ta planète.
Et il me faut me mettre à ta place.
Repartir à zéro, en oubliant tout ce que ma vue m'a appris.
Ce n'est plus toi qui atterris sur ma planète, notre planète, mais moi et nous qui devons venir sur la tienne pour t'apprivoiser.
Mais pour cela, il faut abandonner tous les préjugés : ta forêt n'est pas une jungle.
Elle peut paraître sauvage, désordonnée, mais elle est la quintessence naturelle.

En entrant dans ton univers, je redécouvre mes sens.
Les clichés n'ont plus cours avec toi.
C'est du brut, du naturel, sans décoration ni aménagement.

C'est l'aventure.

Que dire, quatorze ans plus tard. 
Ce fut et cela reste une aventure de fou.
J’étais à mille lieues d’imaginer ce talent musical qui allait contribuer à le sortir de son astéroïde, même si aujourd’hui encore, les deux mondes cohabitent et que Lou allonge sans cesse sa présence dans le notre.

Bèrlebus (du sobriquet que tu m'as donné à cette époque) alias Luc Boland

2 commentaires:

Valérie C a dit…

Merci Luc pour ce rappel de cette merveilleuse première lettre à Lou, promesses de riches échanges entre deux mondes.
Tu peux être fier de ce que toi, Claire et tout ton entourage avez aidé Lou à devenir. Un être d'une douceur, d'une gentillesse exceptionnelle, d'une précieuse sensibilité. Et un immense talent qui rayonne autour de lui.
Merci pour le partage de votre expérience si riche, porteuse d’espoir!
Avec toute mon amitié, Valérie

Luc Boland a dit…

;-) @ Valérie