mercredi 28 octobre 2009

Les choses de la vie

La mort est notre seule certitude.
La mort est et restera probablement à jamais notre ultime mystère.

Comment expliquer cela à un petit bonhomme, qui a si difficile de conceptualiser l’ordre des choses de la vie ?
Comment trouver les mots légers, sans trahir la réelle tristesse qu’engendre la séparation ? Comment dire la vérité, sans susciter l’angoisse de mourir, ou voir mourir les êtres qui lui sont chers, nous en l’occurence ?

Cela fait plusieurs mois déjà, que nous nous préparions à annoncer à Lou un tel événement, étant donné la santé déclinante de ma maman, les âges de nos parents respectifs et la chance réelle mais fragile de les avoir encore tous les quatre présents.
Lou avait bien été déjà confronté à la mort d’un de ses petits camarades de classe, mais son état de conscience à l’époque, lui avait permis de vivre cela avec la légèreté de l’innocence.
De temps à autres et depuis un peu plus d’un an, il nous posait posait bien des questions sur la mort de manière impromptue et nonchalente. Nous lui avons répondu avec franchise et lui avons parlé de nos convictions.
- Personne ne peut dire ce qui se passe réellement après la mort, mais nous pensons que notre esprit continue de vivre. La mort, c’est quand notre esprit quitte notre corps, quand il est trop vieux ou très malade. Et comme notre esprit n’a plus de “machine” (notre corps) pour lui permettre de parler ou de vivre cette vie, on ne peut plus communiquer avec lui.
- Quand quelqu’un meurt, il découvre ce qu’il y a après la mort. Il se dit : “Aaaah, c’est ça !”, mais il ne peut pas nous le raconter, puisqu’il n’est plus là. Il y a bien des personnes qui sont presque mortes et qui sont “revenues”. Et tu sais ce qu’ils en retiennent ? ...
Un "Non ?" curieux de Lou.
- Que c’était beau et qu’ils se sentaient bien.
Nous lui avons aussi parlé des différentes croyances religieuses.
Des conversations légères.

Cela fait un mois, que nous savions que les jours de ma maman, sa mamy, étaient comptés.
Tout a commencé avec une première visite auprès d’elle à l’hôpital, il y a trois semaines. Une visite brève et guère participative de la part de Lou, car il n’aime pas trop les hôpitaux, et pour cause.
La seconde, a eu lieu au début de la semaine passée, une fois Mamy rentrée pour ses derniers jours à la maison. Elle était déjà faible, mais consciente. Nous avons prévenu Lou qu’elle était “très malade et très fatiguée”. Il avait déjà compris et a demandé tout de go, avec sa franche candeur :
- Dis, Papy, quand Mamy sera morte, ce sera qui ta nouvelle femme ?
Une de mes soeurs lui a répondu que Mamy sera toujours la femme de Papy, même quand elle ne sera plus là. Elle lui a fait sentir son bras amaigri, en lui expliquant qu’elle allait devenir toute légère, comme une plume.
Lou a ensuite reproduit à Mamy les plus doux câlins qu’il affectionne tant de recevoir. Il a aussi accepté de jouer au piano pour Mamy, depuis le salon et par babyphone interposé. Le petit rocker au rythme dans la peau, s’est mu en un petit Schubert, Chopin ou Bach. Il a enchaîné des morceaux lents et doux, adaptant à sa sauce des mélodies classiques.
Deux jours après, lorsque nous pressentions son départ imminant, nous sommes revenus avec Lou. Une visite une fois encore tendre et musicale, même si Mamy semblait déjà loin.
Elle s’est éteinte paisiblement vingt-quatre heures plus tard.
Nous avons fait le choix de revenir une dernière fois la “voir” avec Lou.
- Tu sens, Lou. Sa main est maintenant toute froide.
Et le petit bonhomme de lui faire un dernier câlin, sans aucune tristesse, ni inquiétude.

L’avenir nous dira comment il gèrera cette réalité, mais depuis quatre jours, il semble avoir tourné la page. Une célébration est prévu dans dix jours et il a émis le souhait d’y jouer un morceau de musique.
Quoi qu’il advienne et quand bien même sommes-nous athées, sa maman et moi, nous ne changerons pas de philosophie positiviste.

 “Il faut croire au bonheur, ne serait-ce que pour montrer l’exemple” (Jacques Prévert).

15 commentaires:

laetitia a dit…

C'est une belle manière d'expliquer la mort. Lou est d'autant plus serein si ses parents le sont.
Mes pensées vous accompagnent.

Bises à la tribu

Jane a dit…

Je vous trouve toujours aussi géniaux auprès de Lou. J'imagine qu'en plus, Luc,tu dois gérer (comme Claire d'ailleurs) ton ressentie personnel. C'est vraiment exceptionnelle de prendre de la distance avec ces émotions pour se consacrer à ce rue pourra ressentir son enfant...

Je ne sais pas si tu as dis à Lou que les gens qu'on aime vraiment très fort reste quand même près de nous après la mort. C'est difficile à expliquer en fait.

J'ai perdu pour ma part mon grand père "chéri" il y a 6 mois, il m'arrive de dire "depuis que mon grand père est mort..." mais je ne crois pas vraiment à ce que je dis. Pour moi il n'est pas au milieu d'un petit cimetierre des hautes alpes mais partout dans ma vie (c'est comme un ressentie).

Juste pour info, je ne suis pas croyante. (jennifer)

ANDREE a dit…

Malgrè le chagrin, vous avez su donner à Lou les explications les plus simples pour qu'il sache que "Mamy" aller partir pour un long voyage... Ce que je trouve de plus beau dans tout ce récit, c'est la participation musicale de Lou, qui a su ressentir par lui-même la musique qu'il devait faire entendre... Tendre et sensible à la fois, il a certainement donné à Mamy le plus beau des derniers cadeaux...
La Mort fait partie de la Vie, et c'est en continuant de faire vivre la personne aimée que l'on n'oublie pas...
Croire ou ne pas croire n'a pas tellement d'importance, ce qui compte le plus c'est l'AMOUR...
C'est dans le coeur que l'on garde ceux qu'on aime mais qui nous ont quitté.

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Le plus dur est de tenir ses émotions avec un petit médium comme Lou. Quelles qu'elles soient : la joie comme la tristesse, la nervosité ou l'inquiétude surtout, qu'il détecte avant même d'avoir ouvert la bouche. ;-)

Anne-Sophie a dit…

Je suis de tout coeur avec vous dans ce moment là que chacun vit avec ses perceptions, ses ressentis. Pour avoir déjà fait ce voyage étrange et en être revenue, je peux dire que c'est merveilleux et que nous sommes accueillis avec le plus grand amour.

Annick a dit…

Je pense fort à vous, Luc,

j'ai lu tes mots hier soir, et suis restée muette,
un passage rude en moi, en ce moment,

c'est si vrai qu'à l'intérieur de soi, avec notre enfant différent, tant, tant de questionnements, cheminements, se passent,
des émotions, beaucoup, immenses, qu il faut pourtant contenir pour ne pas perturber l enfant...

Je vous embrasse.

Anonyme a dit…

Bonjour Luc, vous avez si bien expliqué tout ça à Lou
Franchement bravo pour votre courage
Bisous à vous

cayenne a dit…

Bonjour Luc. Toutes mes pensées vont vers ta famille. Comme toujours, vous avez trouvé les mots justes expliqués avec amour et avec votre connaissance de Lou. Lou se souvient-il de Tristan et de la cloche qu'il avait fait sonner en son souvenir ? Mais il y a déjà plusieurs années!!! Nous, à l'Albatros, dans nos groupes de parole, quand nous sommes à cours d'idées par rapport à certaines questions, nous puisons parfois nos idées des livres ados "Les goûters philo". Il y en a justement un sur "la vie et la mort". Je t'en envoie un exemplaire, peut-être y trouveras-tu d'autres idées si Lou pose d'autres questions. Bisous à tous.

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

;-) Annick.
Avec plaisir Cayenne... tout ce qui peut nourrir la réflexion est le bienvenu.
bat

marieH a dit…

Bonjour Luc,


Tes mots sont tres bien choisis. Pour ma part j'ai trouve si difficile d'avoir les mots sans me laisser submerger par ma propre douleur. J'ai regrette (et je regrette encore) d'avoir ete si brutale dans l'annonce de la mort de mon pere. Il avait 56 ans et meme si il souffrait d'un cancer depuis plusieurs annees, le choc a ete trop rude pour que je reussisse a le dire "sereinement"(enfin autant que faire se peut) a mes enfants (qui n'avaient que 6 et 18 mois). En plus de leur propre tristesse les grands ont souffert de cette annonce, le petit je ne sais pas. Maintenant le temps a passe (11 ans) et nous pouvons en parler sereinement (je ne suis pas croyante). Je me rappelle des derniers mois ou mon pere etait deja tres fatigue par les traitements et l'extension de la maladie, mon petit dernier a un age pourtant plutot remuant, lorsque nous venions le voir, s'asseyait tout contre lui, faisait un calin qui durait toute la visite pendant que mon pere lui lisait un livre ou restait juste comme ca ...
Je raconte un peu ma vie la ... J'avais lu ton post depuis qques jours, il avait remue en moi des souvenirs a la fois difficiles et precieux malgre tout...
Il me semble que ce que tu as reussis a faire avec Lou porte les germes d'une meilleure acceptation. Et puis, la difference de Lou l'aidera peut-etre a admettre un peu moins mal ce qui pour nous est si difficile : quand on parle d'une personne meme disparue elle existe encore.
Merci.
Bon courage.

Catherine a dit…

Cher Luc,
Mes pensées sont allées vers toi, vers vous tous, quand j'ai lu que ta maman s'en était allée vers sa joie et sa beauté. Je suis heureuse qu'elle ait été accompagnée de vous tous au moment de sa fin, vécue consciente. je vous embrasse tous,
Catherine

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Merci Catherine.
Merci MarieH pour ton témoignage (et désolé de remuer ainsi le passé). Comme tu le dis, la différence de Lou (sa légèreté de l'être) l'aide beaucoup...
Samedi, lors de l'enterrement, j'ai eu la gorge nouée lors de la lecture d'un texte. Lou a demandé à sa maman : Pourquoi il rit, papa ? Elle lui a expliqué que je ne riais pas mais étais triste.
Lorsque je l'ai rejoint, il m'a dit :
- Courage, papa. Pense que mamy sera toujours avec toi.
;-)

Gwendoline Aebi a dit…

Je vous trouve tjs plus extraordinaire! C'est vraiment une belle explication... et courage dans ces moments de la vie qui ne sont malheureusement pas joyeux...

Cécile a dit…

Cher Luc,
Je vous ai vu à l'enterrement de Mireille. Je ne savais pas qu'un mois auparavant, c'était votre maman ... Merci de votre présence ce jour-là, de vos mots ici, des larmes que vous faites couler ...
Cécile, marraine de Sarah, maman de Julien, Sylvain (notre petit prince à nous, envolé il y a un an et demi), et Damien (lui aussi unique, mais plus arsouille qu'ange)

Bèrlebus, phiLousophe a dit…

Bonjour Cécile,
Je ne pouvais pas ne pas être présent... La rencontre entre Mireille et Lou leurs a mutuellement apporté bien des choses !
Mireille nous avait raconté votre parcours avec Sylvain et Damien. Respect et admiration.
amicalement.