-->
Sous-titre 1 : Mais qui est Lou B. ?
Sous-titre 2 : Le Lou des chants et
le Lou à apprivoiser… mais pas trop
 |
Lou Boland (alias Lou B.) |
Première question (préambule) :
M’est-t-il encore
possible de vivre dans le faux semblant ?
Quand en permanence à nos côtés, se tient un livre ouvert…
D’une sincérité absolue, parfois maladroite (Ah les pieds dans le plat
réguliers !).
D’une gentillesse absolue (L’innocence est une vertu dans la rencontre de l’autre. Gage
d’ouverture, d’absence d’à priori).
D’une tendresse incommensurable (Troublante pour les personnes qui le rencontrent pour la première
fois).
D’une générosité aux saveurs gentiment égocentrées …et non
égocentriques (Il ne maîtrise que son
monde).
D’une créativité débridée, libre de tout carcan, règles ou
modes.
D’une simplicité et spontanéité où les mots « trac »,
« vedettariat », « grosse tête » ou le « qu’en
dira-t-on » n’existent pas et n’existeront probablement jamais...
La réponse à cette première question est définitivement :
non.
Lou déteint.
Bien que je reconnaisse ces gènes en moi.
Et puis, Lou a besoin de vérité, de sincérité.
Cela fait plus de 12 ans (et le documentaire « Lettre àLou ») qu’il m’est devenu impossible de vivre dans le faux semblant, dans
l’intime comme dans la vie publique. Même si j’ai conscience que cela me joue
bien des tours, en ce que cela ne facilite pas la vie « professionnelle »
et « médiatique » avec leurs modes, règles et protocoles, us et
coutumes, déférences et ronds de jambe, langues de bois et hypocrisies, calculs
et plans.
Mais je et nous sommes heureux ainsi.
De la seconde question qui en découle :
Comment ne pas abîmer
la beauté précieuse de l’âme de Lou par le nécessaire ancrage dans la réalité
de ce monde ?
Pour qu’il puisse vivre avec un minimum d’autonomie.
Pour qu’il ne soit pas broyé, exclu, rejeté, abandonné…
Je me pose sans cesse cette question sans en avoir la
réponse.
Les contradictions se bousculent dans ma tête.
Son talent, c’est tout autant son humanité : la
sincérité et sa gentillesse désarmante.
Il détient une des clés du bonheur. Car oui, il rend de très
nombreuses personnes heureuses d’être en contact avec un être vrai. De plus,
dans son insouciance, Lou est globalement heureux et nous y veillons.
La majorité de ceux qui ne le connaissent que par ces biais « consomment »
sans se « questionner » ou par absence de curiosité. Ils ignorent
complètement l’autre côté du miroir : le Lou à apprivoiser.
Non pas qu’il soit l’enfant sauvage ou le loup prédateur de
notre imaginaire collectif, mais nous venons de loin, très loin.
En cause, le peu de rationalité de Lou.
Qui nourrit des peurs… irrationnelles.
Qui n’induit pas la logique de l’apprentissage.
Qui l’emmène dans une absence de perspectives, de visions
d’un futur.
Nos intérêts guident notre rationalité : nous comprenons
l’importance d’apprendre telles ou telles choses car elles seront utiles à nos
desseins.
A l’opposé, l’utilité d’apprendre effleure difficilement
l’esprit de Lou, … en dehors (et inversement) de la musique. Ce qui en fait
toute sa singularité.
Et puis à cela se rajoute la cécité, ce sens essentiel qui
nous permet en un clin d’œil de comprendre, observer, reconnaître, décrire ou appréhender.
Il suffit de voir les facultés d’acquisition d’un bébé par l’observation. Pour
qui est aveugle de naissance, toute chose doit s’apprendre par le
toucher, l’ouïe, le gout ou l’odorat (dont Lou est exempt). Chaque notion ou
chaque raison d’être d’un objet nécessitent des facultés de conceptualisation voire
d’abstraction face à l’imperceptible : l’infiniment grand et l’infiniment
petit.
Lou se fout de savoir que la terre est ronde. Lou se fout
des races, des différences, des performances, de l’abstraction, du calcul, de
l’argent, du luxe, du paraître, de son image, …
Ainsi est le monde du Lou à apprivoiser. Un monde
insouciant, spontané, rempli d’imaginaires. Mais aussi craintif, paresseux et
surtout donc, irrationnel.
Nous sommes cependant contraints de faire le maximum pour
l’amener à une certaine conscience des enjeux de la vie. Nous le poussons,
tirons, recadrons. Dix fois, vingt fois, cent fois parfois sur un même sujet. Nous
dialoguons, le raisonnons, lui apprenons ce que ses yeux et son esprit ne
parviennent pas à comprendre. Nous savons, au moment même où nous prononçons
des raisonnements simples, qu’il nous faudra les répéter et répéter encore au
gré d’un conflit amical mais ferme, où sa réflexion fera défaut. Avec un fol
entêtement. Résolus à ne pas perdre les acquis lors des rechutes ou lorsque
fatigués, nous baissons la garde.
Mais en regard à bien des parents d’enfants autistes ou
malades, nous ne sommes pas à plaindre.
Peu de personnes, mises à part nos proches et ses sœurs à
qui il a un peu volé leurs parents, ont conscience de ce tel contraste dans la
personnalité de Lou et de l’énergie qu’il demande pour l’aider à grandir.
Mais les résultats sont là et la « kiffschool »
(l’école à la maison) mise en place depuis septembre 2017 porte ses fruits. Lou
progresse à son rythme, mais il progresse.
Il se peut qu’arrive un jour où des limites seront atteintes
dans ses capacités.
Mais jamais ne doit arriver le jour où son ancrage dans la
vie réelle en viendrait à tuer ses capacités artistiques et ses valeurs humaines.
Lou est un bien nécessaire à notre humanité en perte de
valeurs et de sens.
Mais où se trouve cet
équilibre fragile ?
De la question précédente.
Juste une dernière question dont je connais hélas la
réponse et contre laquelle je me battrai jusqu’au bout :
Mais quelle place y a
t’il en ce monde pour un artiste, un être comme lui, qui ne pourra jamais être
totalement autonome, ni dans les normes ?
NDLA : cela fait longtemps que je voulais écrire cet
article à l’attention de tous ceux qui ne connaissent que cet artiste qui
mérite sa place, au delà de ses différences.